Test ASICS Magic Speed 5 : la speed trainer qui a retrouvé sa raison d’être

Ce que vaut vraiment l’ASICS Magic Speed 5 après 200 kilomètres

L’ASICS Magic Speed 5 est une bonne chaussure tempo. Pas une bonne chaussure tout court, pas une bonne chaussure de récup, pas une bonne chaussure pour vos footings du dimanche. Une bonne chaussure tempo. La nuance compte, et c’est précisément ce qui fait sa force.

On touche ici au paradoxe central de la MS5 : ses deux couches de mousse produisent un ride binaire. En dessous de 4:45/km, le FF Blast+ du dessous écrase le FF Leap du dessus. Au-dessus, le FF Leap prend le relais et la chaussure s’allume. Mélanger de l’or avec de l’étain donne un alliage correct, pas de l’or.

Après 200 km de test (fractionné piste, tempo route, deux courses 10K), voici le verdict. Les 193 grammes en taille 42.5 se sentent. La légèreté est immédiate, presque déstabilisante quand on vient d’une MS4 à 242g. L’ASICSGRIP en semelle extérieure tient remarquablement. Le FF Leap délivre du rebond franc quand on pousse l’allure. La plaque carbone fait son travail de propulsion sans être agressive au point de fatiguer le pied.

Les limites sont tout aussi nettes. Le talon est étroit, ce qui crée une instabilité perceptible sur les changements de direction. Le confort sur les sorties longues à allure modérée est insuffisant. La toe box divise, certains coureurs la trouvent ajustée au point de gêner. Et le prix, 180 euros, reste difficile à justifier quand des vrais racers se trouvent en promo à ce tarif.

SpecValeur
Poids193g (taille 42.5 homme)
Stack talon37mm (35.3mm mesuré en labo)
Drop7mm annoncé, 8.7mm mesuré
MousseFF Leap (A-TPU) + FF Blast+
PlaqueCarbone, design fourchu en avant-pied
SemelleASICSGRIP caoutchouc
Prix180 euros

En résumé : la MS5 est la meilleure Magic Speed depuis la v1 pour les coureurs qui savent exactement pourquoi ils l’achètent. Si vous cherchez un couteau suisse, passez votre chemin. Le reste de cet article détaille pourquoi cette chaussure divise autant les testeurs, et comment savoir si elle est faite pour vous.

FF Leap et FF Blast+ : le duo de mousses qui change tout (et qui freine un peu)

Il faut parler des mousses parce que c’est là que tout se joue. Le FF Leap est la mousse A-TPU qu’ASICS utilise dans ses Metaspeed. Légère, rebondissante, c’est le meilleur matériau qu’ASICS produit actuellement. Dans la MS5, elle forme une couche complète sur toute la longueur du pied, du talon à la pointe. C’est un vrai progrès par rapport à la MS4, où la mousse performance (FF Turbo) n’était qu’un petit insert dans l’avant-pied.

Imaginez une voiture sport bridée en première. C’est un peu ce qui se passe ici.

En dessous du FF Leap, ASICS a placé une couche de FF Blast+. C’est une mousse EVA avancée, plus ferme, plus stable, et nettement moins réactive. Son rôle est de stabiliser l’ensemble et d’améliorer la durabilité. En théorie, c’est raisonnable. En pratique, cette couche basse absorbe une partie de l’énergie que le FF Leap essaie de restituer.

Les mesures en laboratoire confirment cette impression. Le retour d’énergie tombe à 64.6 % au talon et 62.6 % à l’avant-pied. C’est correct. C’est mieux que la MS4, dont les chiffres étaient décevants. Mais c’est loin des 70 %+ qu’on trouve sur les super shoes à mousse PEBA intégrale. Avec du FF Blast Max en couche inférieure plutôt que du Blast+, ASICS aurait probablement gagné 5 à 6 points de retour d’énergie. On espère cette correction pour la v6.

Le FF Leap à 27.0 sur l’échelle de dureté Asker C est une mousse remarquable. Mais elle ne peut pas compenser seule une base qui mesure 37.0 AC, soit 10 points plus ferme. Le résultat est un ride correct en haut et rigide en bas.

Ce qu’il faut retenir : à allure rapide (en dessous de 4:30/km), le pied comprime suffisamment la semelle pour engager le FF Leap et profiter de son rebond. À allure lente, c’est le Blast+ qui domine la sensation. La chaussure devient terne, presque morte. Ce comportement binaire n’est pas un bug. C’est probablement intentionnel. La MS5 vous pousse à courir vite. Si vous n’avez pas envie de courir vite, elle n’a pas envie de vous aider.

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Un point sur le froid. En laboratoire, le FF Leap durcit de 14 % après 20 minutes au congélateur. C’est un résultat passable, pas catastrophique. Mais aucun testeur n’a publié de retour terrain par températures négatives. Road Trail Run mentionne -9°F au Kansas, mais les essais se sont faits sur tapis roulant. Si vous courez l’hiver en extérieur, attendez-vous à un ride plus sec et moins réactif que ce que les reviews estivales décrivent.

La plaque carbone fourchue que personne ne vous montre

ASICS annonce une plaque carbone “full-length”. Ce n’est pas tout à fait exact.

En découpant la chaussure au laboratoire, les testeurs de RunRepeat ont découvert que la plaque se divise en deux branches dans l’avant-pied, à la manière d’une fourche. Ce design, baptisé “forked plate”, est plus courant dans les chaussures de trail racing que dans les speed trainers route. ASICS n’en parle pas dans ses fiches produit.

Pourquoi c’est intéressant : une plaque monobloc est rigide sur toute sa longueur et impose une trajectoire de foulée assez linéaire. La fourche, elle, autorise une légère flexion indépendante de chaque côté de l’avant-pied. Le résultat est une sensation moins “catapulte” que sur une Metaspeed, mais plus tolérante pour les foulées qui ne sont pas parfaitement rectilignes. Autrement dit, la plaque s’adapte au coureur au lieu de forcer le coureur à s’adapter à la plaque.

La plaque couvre environ 70 % de la semelle intermédiaire, du talon jusqu’au début de l’avant-pied, avant de se diviser. C’est un compromis entre propulsion et souplesse que peu de marques tentent sur route.

En pratique, on sent la différence dans les virages et sur les parcours sinueux (type parkrun ou relais DHL). La chaussure tourne mieux qu’une Vaporfly ou qu’une Metaspeed Edge, qui sont plus directionnelles. Pour du fractionné sur piste en ligne droite, cet avantage compte moins. Mais pour des courses sur route avec des courbes, des ronds-points et des épingles, c’est un atout discret et bien pensé. C’est aussi probablement la raison pour laquelle la MS5 se sent plus “naturelle” sous le pied que ce qu’on attend d’une chaussure à plaque : elle ne force pas votre foulée dans un rail.

De la MS4 à la MS5 : la correction de trajectoire qu’ASICS devait faire

Moins 49 grammes, moins 7 millimètres de stack au talon. La MS5 a fait un régime radical.

L’histoire mérite qu’on s’y arrête. La Magic Speed 1 avait créé sa propre catégorie en 2021 : une chaussure à plaque carbone, basse, légère, abordable, qui servait autant pour le fractionné que pour les courses jusqu’au marathon. Des milliers de coureurs ont accumulé 400 ou 500 bornes dessus sans sourciller. La MS3 a poursuivi dans la même veine, avec un rapport qualité-prix parmi les meilleurs du marché.

Puis la MS4 a déraillé. ASICS a suivi la tendance maximaliste : stack à 42.5 mm au talon, poids grimpé à 242g, mousse performance réduite à un petit insert en avant-pied. La chaussure avait perdu son identité. Trop haute pour être agile, pas assez performante pour rivaliser avec les super shoes, trop chère pour une chaussure d’entraînement basique. Les retours terrain étaient mitigés. Les ventes, apparemment, aussi.

La ligne Magic Speed a traversé ce que certains testeurs appellent une crise d’identité : cinq versions pour comprendre qu’en running, “plus” ne veut pas dire “mieux”.

Avec la MS5, ASICS a fait machine arrière. Le stack tombe à 35.3 mm mesuré (37 mm annoncé). Le FF Leap remplace le FF Turbo sur toute la longueur. Le poids chute de 49g. La chaussure retrouve sa vocation d’origine : un outil rapide, direct, connecté au sol.

C’est courageux. Dans un marché où chaque marque empile les millimètres de mousse, revenir à un stack modéré est un pari. Pour l’instant, le pari semble gagné. La MS5 se rapproche beaucoup plus de la MS1 que de la MS4, et c’est exactement ce que la plupart des coureurs demandaient.

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Le détail qui résume tout : la MS5 pèse 0.1 oz de plus qu’une Nike Vaporfly 3 et 2.5 oz de moins qu’une Adidas Boston 12. Elle joue désormais dans la catégorie de poids des super shoes, avec un prix et une durabilité de speed trainer. C’est un repositionnement malin qu’ASICS n’aurait probablement pas tenté si la MS4 s’était bien vendue.

L’outsole ASICSGRIP, l’avantage compétitif dont personne ne parle

On parle toujours de mousse. On devrait parler de gomme.

La semelle extérieure de la MS5 couvre environ 90 % de la plateforme. Pour un speed trainer de 193g, c’est inhabituel. La plupart des chaussures dans cette catégorie économisent du poids en réduisant la surface de caoutchouc, parfois au point de laisser la mousse exposée sous l’avant-pied. ASICS fait le choix inverse.

L’ASICSGRIP mesure 1.9 mm d’épaisseur. Au test d’usure Dremel (un outil abrasif standardisé utilisé par les laboratoires de test), l’usure relevée est de 0.8 mm. C’est un bon résultat, compatible avec une durée de vie estimée entre 400 et 500 km. Comparez ça avec un racer pur type Vaporfly, dont la semelle commence à montrer des signes de fatigue vers 200 km.

On peut parler de “fast outsole” : le léger crantage de la gomme, positionné du médio-pied à l’avant-pied, procure une accroche discrète mais efficace sur les virages et le bitume humide.

Ramené au coût par kilomètre, la MS5 à 180 euros pour 450 km revient à 0.40 euro du kilomètre. Un racer en promo à 130 euros pour 250 km revient à 0.52 euro. L’argument économique est réel, même si on ne l’entend presque jamais dans les reviews. Et il y a un bénéfice secondaire : quand vous savez que votre semelle va tenir, vous ne courez pas avec l’anxiété de “préserver” la chaussure pour le jour J. Vous l’utilisez. C’est la différence entre un outil de travail et un objet de collection.

ASICS Magic Speed 5 vs Boston 13 vs Deviate Nitro 4 : le match des speed trainers

Si vous hésitez entre ces trois-là, c’est normal. Elles font le même métier avec des philosophies différentes.

La Magic Speed 5 est la plus légère (193g) et la plus agressive du trio. Son ride est ferme à basse allure, vif à haute allure. Sa semelle extérieure est la plus durable. Elle convient aux coureurs qui veulent une chaussure orientée performance et qui acceptent de sacrifier du confort sur les sorties lentes. Son talon étroit peut poser problème aux coureurs qui attaquent le sol par l’arrière.

La Adidas Boston 13 (environ 255g, 160 euros) est la plus polyvalente. Ses tiges en fibre de verre (pas du carbone) offrent un retour d’énergie plus doux, moins catapulté. Elle est plus confortable à allure modérée et se prête mieux aux sorties longues à tempo variable. Sa semelle Continental est excellente sur le mouillé mais s’use plus vite que l’ASICSGRIP. Le chaussant est un peu plus étroit au médio-pied, pensez à essayer avant d’acheter. C’est le choix pour ceux qui veulent une seule chaussure de vitesse capable de tout faire, même si elle est plus lourde et moins incisive que la MS5 en fractionné pur.

Souvenez-vous de ce qu’on disait sur le dual-density : la MS5 change de caractère selon l’allure. La Boston 13, elle, reste constante. C’est un avantage ou un inconvénient selon votre profil.

La Puma Deviate Nitro 4 (environ 250g, 170 euros) est la plus rebondissante. Sa double mousse NITRO/NITRO Elite avec plaque PWRPLATE donne un ride plus fun, plus “trampoline”. Elle encaisse mieux les sorties lentes que la MS5, ce qui la rend plus polyvalente au quotidien. En revanche, elle est plus lourde, et la semelle PUMAGRIP, bien que correcte, n’atteint pas la longévité de l’ASICSGRIP. La Deviate Nitro a aussi une largeur au niveau de la toe box qui conviendra mieux aux pieds de volume moyen-large. Si le confort passe avant l’agressivité dans vos critères, c’est probablement elle qu’il faut choisir.

CritèreMagic Speed 5Boston 13Deviate Nitro 4
Poids193g~255g~250g
Prix180 euros160 euros170 euros
RideFerme puis vifRégulier, polyvalentRebondissant, fun
Durabilité outsoleExcellenteMoyenneBonne
Confort basse allureFaibleBonCorrect
PlaqueCarbone (fourchue)Fibre de verre (tiges)Carbone (PWRPLATE)

Mention rapide pour la Saucony Endorphin Speed 5 (170 euros) : mousse PEBA intégrale, ride très fun, mais semelle moins durable. Et la Nike Zoom Fly 6 (160 euros) : le ZoomX en version speed trainer déçoit, le ride est spongieux plutôt que réactif.

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Pour qui l’ASICS Magic Speed 5 est (et n’est pas) faite

Non, la Magic Speed 5 ne remplacera pas votre daily trainer. Et c’est très bien comme ça.

Voici la partie délicate : chaque pied est différent, et ce guide ne remplace pas un essai en magasin. Mais après 200 km et des échanges avec d’autres testeurs, les profils se dessinent assez clairement.

La MS5 fonctionne bien pour les coureurs intermédiaires à avancés qui cherchent une chaussure dédiée aux séances rapides. Foulée médio-pied ou avant-pied, distances du 5K au semi-marathon, poids de corps sous 80 kg environ. Si vous cherchez votre première paire à plaque carbone sans débourser 250 euros pour une super shoe, c’est un choix solide. Les coureurs qui aimaient la MS1 ou la MS3 retrouveront la philosophie d’origine.

Elle fonctionne de manière acceptable pour des sorties longues à allure soutenue (au-dessus de 4:30/km) et pour des compétitions sur route plate. Plusieurs testeurs l’ont utilisée sur semi-marathon avec de bons résultats, même si le confort diminue après 15 km. Un testeur expérimenté (marathonien sub-3h, 50+ ans) l’a validée sur 40 miles sans usure visible de la semelle, ce qui confirme la durabilité.

Elle est déconseillée pour les coureurs de plus de 85 kg qui ont besoin d’amorti, pour les footings lents de récupération, pour les pieds larges (version Wide disponible, à tester absolument), et pour les marathoniens qui priorisent le confort sur la performance. Si votre allure de compétition est au-dessus de 5:30/km, cette chaussure ne vous apportera pas grand-chose. Le FF Leap a besoin de vitesse pour s’exprimer, on en parlait plus haut. Et les attaqueurs talon (heel strikers) noteront que le talon étroit et le drop modéré rendent la réception moins stable qu’avec une Boston 13 ou une Deviate Nitro 4.

Trois questions pour savoir si la MS5 vous convient : courez-vous au moins une séance rapide par semaine, êtes-vous à l’aise dans des chaussures basses et réactives, et acceptez-vous un chaussant serré plutôt qu’un volume généreux. Si c’est oui aux trois, vous êtes dans la cible.

Chaussant, toe box et upper : ce qu’il faut savoir avant de commander

La toe box divise. Votre pied aura le dernier mot.

Le chaussant est true to size pour la majorité des testeurs. ASICS propose un sizing unisexe, donc vérifiez bien la grille de conversion si vous commandez en ligne. La largeur standard convient aux pieds de volume moyen. Les pieds larges devront se tourner vers la version Wide.

Le mesh en polyester recyclé (75 % minimum selon ASICS) est respirant sans être le plus aéré du marché. Il fait le travail pour les séances courtes. Pour un fractionné de 45 minutes, aucun problème. Sur un semi-marathon par 25 degrés, les pieds chauffent un peu. Note sur l’éco-responsabilité : ASICS utilise aussi une semelle intérieure teinte par procédé dope-dyed, qui réduit la consommation d’eau et de produits chimiques. C’est discret, ce n’est mentionné nulle part dans les reviews, mais ça existe.

Les lacets racing sont efficaces. Le lockdown général est bon. Le maintien au niveau du médio-pied est ferme sans être contraignant. En revanche, le col arrière est assez bas, ce qui peut laisser une impression de liberté excessive au niveau de la cheville pour les coureurs habitués aux cols rembourrés des daily trainers.

Un avis client Running Warehouse donne 1 étoile sur 5 et décrit la chaussure comme “clunky” avec un “toe box super small”. C’est une expérience isolée dans le corpus mais qui mérite attention. Si vous avez le moindre doute sur votre pointure, commandez chez un revendeur avec retour gratuit.

Verdict final et note de notre test ASICS Magic Speed 5

Une chaussure qui a retrouvé son identité. À vous de savoir si elle correspond à la vôtre.

La Magic Speed 5 est la correction de trajectoire qu’ASICS devait faire après l’erreur maximaliste de la v4. En revenant à un stack modéré, un poids plume de 193g, et une mousse FF Leap sur toute la longueur, ASICS remet la ligne Magic Speed là où elle avait commencé : entre le super trainer confort et le racer pur, dans ce créneau de la chaussure tempo agressive et durable.

Elle ne sera pas la meilleure chaussure pour tout le monde. Elle est trop ferme à basse allure, trop étroite au talon pour certains, et trop spécialisée pour servir de chaussure unique. Mais dans son domaine (fractionné, tempo, courses courtes à moyennes), elle est redoutable. Et sa durabilité de semelle, souvent ignorée dans les reviews, la rend économiquement plus sensée que beaucoup de racers fragiles vendus au même prix.

Si vous possédez déjà un daily trainer confortable (Novablast, Pegasus, Glycerin, peu importe) et que vous cherchez la deuxième chaussure de votre rotation pour les jours où il faut aller vite, la MS5 mérite d’être en haut de votre liste. Pas en bas. Pas au milieu. En haut.

En trois mots. Forces : légèreté, réactivité, durabilité. Limites : confort, polyvalence, talon étroit.